07 12 2005

HISTOIRE LACUNAIRE

du DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE

de l’Université de Paris VIII

Dedans-Dehors

Présenter et décrire la création et les développements multiformes d’un département universitaire et, qui plus est, de sociologie créée de toutes pièces en 1968 n’est pas une mince affaire et ceci pour plusieurs séries de raisons tenant aussi bien à la position de sociologue – en tout cas de celui qui écrit – qu’à la spécificité évènementielle de ce département en particulier. C’est au départ, une enfant naturel des évènements de 1968 – selon la nomination officielle minorant ou maximisant les activités des acteurs de cette période.  C’est aussi un département dont les enseignants avaient des positions théoriques et pratiques bariolées, les faisant vivre professionnellement, mais n’ayant pas les mêmes intérêts dans cette affaire qu’était la constitution et l’édification d’un nouveau département de sociologie dans le panorama universitaire français sinon parisien.

De plus, depuis deux siècles, la vulgate des histoires de la sociologie et de son archéologie l’a fait apparaître comme une science humaine désespérément jeune et n’ayant pas encore obtenu les titres de noblesses des disciplines ancrées dans l’institution universitaire. Neuve et fragile, cherchant ses étais sinon ses fondateurs dans des courants aussi divers que ceux traversant le positivisme, l’école française de sociologie, l’anthropologie anglo-saxonne et ses fiefs territoriaux, coloniaux ou « sauvages », les divers courants de la sociologie américaine – du moins ce qu’on en avait traduit à l’orée des années 1960 – sans oublier l’épaisse sédimentation de la philosophie allemande et de ses apports tant phénoménologiques qu’historiques. Tout ceci pour préciser les arrimages théoriques, les tendances épistémologiques mais aussi – et nous le verrons plus loin – le bariolage de fait de la population enseignante constituant cette phase naissante du département de sociologie de Paris VIII.

J’en reviens au premier point, sans pour autant fabriquer un artefact  narcissique, ce premier point est bien la difficulté de situer celui qui écrit aujourd’hui et qui a la tâche, lourde et fragmentaire de décrire, sans manuel, ce début d’aventure professionnel. Bien sur, la distance, la rupture d’avec ce terrain si particulier – comme bien d’autres si proches et si lointains – est de mise. Raconter sans acrimonie ni panache, sans tomber dans l’anecdote qui fixe et magnifie des moments graves dans le souvenir et futile à moyen terme, sans trop de métaphores, sans enjeux tactiques, ce qu’est (dans une histoire longue de bientôt quarante ans d’un groupe professionnel, institutionnel), la vie, la plasticité et la rigidité d’une institution aux multiples facettes, politiques, théoriques, pédagogiques et éditorial,  c’est aussi et surtout raconter les champs de forces qui la sous-tendent et les personnels enseignants et administratifs qui, comme fantassins ou officiers lui donne orientation, continuité et ruptures.

Dehors, dedans, comme tout bon ethnologue dans son paradoxe empirique, voici la situation d’un mémorialiste lacunaire. Dehors puisque je suis depuis un an à la retraite et qu’aucune charge, aucune pression puisse modifier cette présentation du département et pourtant totalement dedans puisque, comme certains autres administratifs et enseignants du département, j’ai fait partie sans discontinuité de l’appareillage pédagogique et administratif du département de sociologie dans son évolution, déménagement, recrutement et même algarades internes et alliances et mésalliances externes.

De près ou de loin, à distance ou à proximité, le regard est à la fois distrait et engagé dans l’action, l’administration et la pédagogie d’un département universitaire et confronté aux difficultés de gestion des dysfonctionnements pensés comme incohérents. L’irritation croissante vis à vis du milieu et des intérêts très particuliers des acteurs universitaires allant de pair avec une volonté de renouvellement du métier de sociologue, voici ce qu’un « fondateur » de département de sociologie enseignait assez socratiquement dans les couloirs de cette nouvelle université de Vincennes Paris VIII [1] . Voici la ligne rectrice de ce début de présentation, pensée qui me traverse l’esprit bientôt quarante ans après la naissance de l’institution, pensée provenant de la greffe (qui n’est pas un clone) de la Sorbonne fragmentée. Plusieurs phrases pourraient revenir comme un leit-motiv [2] mais il n’est pas ici question de reconstruire une légende dorée du département ni d’explorer une des formes d’idolâtrerie de jeunesse et de début de carrière à l’égard des grandes figures fondatrices dont on embellit les destinées et dont on vénère les écrits mais… quarante ans après c’est peut être la bonne distance afin d’évaluer d’un œil critique, sans trop de passions couvant sous la cendre et pouvant s’embraser lorsque n’importe quel vent, de mode intellectuelle ou de décision politique, recommencent à souffler et à éparpiller l’ordre des mémoires vives et des archives interprétables.

Genèse et embauches

Un fait pourtant est certain : je ne crois pas qu’en France en tout cas, un département de sociologie, dans l’histoire de la constitution universitaire de la discipline ait été construit, en une fois, avec un nombre aussi conséquent de postes de titulaires, même en 1966 lorsque l’Université des lettres de Nanterre (future Paris X) fut fondée. Elle fut nombreuse la dotation vincennoise ; celle qu’eut à gérer Jean-Claude Passeron et Robert Castel, membres du comité fondateur ayant la tâche de construire et d’organiser le département ainsi que de lui donner une orientation pédagogique précise malgré les louvoiements dus aux évènements extérieurs, dans cette phase post-1968 qu’on peut dire enfiévrée. Ce ne devait pas être facile de choisir et de poursuivre cahin-caha une politique pédagogique qui devait, malgré les embûches de toutes sortes s’apparenter à une idée précise du « métier de sociologue ». C’est ainsi, dans une clairvoyance programmative et dans une confusion évènementielle que s’est construit un département idéologiquement écartelé et politiquement fragmenté.

On pourrait définir cette période de gestation, de construction sans trop de dynamitages périphériques, par deux termes opposés : Programme didactique volontariste et gestion pédagogique chaotique. Si le deuxième terme n’a que peu d’intérêt ici et a été confié à de jeunes enseignants inexpérimentés mais qui firent pour le mieux afin que le département survive administrativement et puisse recruter des secrétaires, des moniteurs, des chargés de cours aussi selon un subtil dosage qui était le résultat des pouvoirs affichés ou discrets en présence et du poids des rhétoriques et des convictions, il semble que le premier terme : celui de l’enseignement et de ses orientations est à retenir car il définit bien le caractère ouvert du département sans que l’on puisse dire que le travail pédagogique ressemblait à un Capharnaüm total. Cela vaut aussi pour les étudiants : il fallait une dose importante d’abnégation, de conviction et un flair, une sensibilité ethnographico-politique afin de s’orienter et de se retrouver dans le grand éventail d’Unités de valeurs proposées et décrites afin d’être sujettes aux interprétations multivoques brutalement proposées ou finement ciselées par les enseignants. Lorsque je dis ’sensibilité ethnographique’, il s’agit plutôt d’un subtil dosage dans la sélection des cours, dosage tenant compte du titre du cours, de l’enseignant qui le proposait, de l’horaire élastique, (jusqu’à 10 heures, 11 heures du soir) et du voisinage idéologique auquel on adhérait et que l’on pouvait détecter à la lecture d’une brochure peu explicite pour des étudiants non-avertis des ruses de la raison et des stylistiques et phrases toutes faites de l’époque.

Pourtant la variété des thèmes abordés, dans cette période vincennoise, permettait à un public étudiant fortement hétéroclite (bien qu’il ait fallu à ce moment là construire un protocole d’enquête permettant une identification sociale des cohortes traitées) d’apprendre aussi bien un style de conversations et d’interventions non dénuées d’agressivité mais qui somme toute était une intériorisation des schèmes argumentaires que l’on peut, dans le meilleur des cas, développer plus tard dans sa biographie (la sociologie de l’art et de la littérature côtoyait la sociologie politique et la lecture de Marx ou bien de Gramsci, les techniques d’enquête essayaient de se faire une place dans les interstices  de la déclamation théorique, l’urbanisme et l’étude du Paris Hausmannien essayait de faire bon ménage avec  l’anthropologie du tiers-monde  et le Capitalisme périphérique. Les politiques sociales étaient déjà un thème fédérateur d’un groupe d’enseignants, la linguistique et la sociologie économique n’étaient pas de reste. Ce programme, dans son foisonnement théorique et empirique révélait les attentes et les marquages de l’époque et le recrutement complexe des assistants et des maîtres-assistants ; il canalisait des conflits majeurs ou mineurs à propos de la définition et de la place de la sociologie dans la cité et dans les mouvements réformistes ou révolutionnaires présent dans l’histoire évènementielle marquant cette époque.

Les programmes pédagogiques de cette décennie 1968-1980 sont marqués du sceau des spécialités affichées sinon affirmées des enseignants d’un part et d’autre part, par les problèmes se posant à la société française : c’est pourquoi la sociologie de l’enseignement est omniprésente à côté des études sur les habitations insalubres, les mal-logés, les prisons et les quartiers de haute sécurité. C’est pourquoi aussi les références à Durkheim, à Marcel Mauss, à Malinovski de G. Bateson ou encore de Richard Hoggart voguent de conserve avec celles de Michel Foucault, de Claude Meillassoux ou d’Althusser et que Frederick Antal est autant à l’honneur que E. Panofsky et Mao-Zedong.

Alliances et pluri-disciplinarité.

Plus souterraines mais plus puissantes sont les alliances avec d’autres départements ou des approches pluridisciplinaires ont lieu. On peut entre autres citer deux exemples qui marquèrent cette période et sont toujours présentes en filigrane dans ce département de sociologie. L’alliance, la confédération, le regroupement (qui tient plus à l’interconnaissance entre enseignants qu’à la structure institutionnelle elle-même) que les départements ont du faire au moment de la création des UER (Unités d’études et de recherche) qui devinrent des UFR (Unité de formation et de recherche) dans les années 1975 et la création d’un département de littérature générale. En premier lieu la création plastique de l’UER 4 : Histoire, Littératures et Sociétés est un choix délibéré du département de se rapprocher des ces deux constellations des sciences humaines biens différentes par nature mais qui renforçaient, resserrait l’alliance d’enseignants et d’approches pédagogiques et même (osons dire le mot) épistémologiques floues et pourtant communes. Malgré les multiples orientations disciplinaires du département de sociologique, carrefour de la sémiologie (Luis Prieto, Graziella Costa Azevedo) et de l’histoire (grâce à des assistants dont la discipline principale était l’histoire) se nouèrent des relations et même des amitiés qui sont des ciments autrement efficaces que les grandes usines à gaz promulgués sur le papier et dans les discours. Il est vrai que les choix d’alliances et de travail en commun ou sur des thèmes communs se sont plutôt effectués avec les départements de littérature (anglais, plus qu’américain, italien, français, allemand, russe) et surtout l’incontournable département d’histoire (politique avec Madeleine Rebérioux, économique avec Bouvier) et d’une manière plus ponctuelle avec l’informatique et l’un de ses dirigeants à la personnalité très complexe : Yves Lecerf qui s’intéressait aussi bien à la formalisation mathématique qu’aux sectes religieuses

Une des lacunes – du moins de mon point de vue – de cette période est l’absence, le refus théorique de la traditionnelle ethnologie. Les ethnologues recrutés (Emmanuel Terray, Pierre-Philippe Rey) avaient une position radicale et éradiquante à propos d’une possible insertion de l’ethnologie classique dans le département. Celui-ci donc ne présenta pas d’enseignement particulier ayant pour sujet soit des aires géographiques précises, africaine par exemple, ethnologie amérindienne ou bien ethnologie française et à part la Chine révolutionnaire, celle de 1966, les sous continents indiens et asiatiques ne furent pas représentés ni abordés pédagogiquement sauf par quelques sociologues ou philosophes de formation se référant encore aux textes de la littérature ethnographique classique et même à Paul Muss en ce qui concerne l’Indochine.

Beaucoup plus fructueuses furent les relations construites et entretenues avec des littératures se voulant sociologisantes ou sociologisées ce qui amena les autorités universitaires, sur notre instigation,  à créer un département de Littérature générale qui ne devait rien, disait-on, à la littérature comparée ni à Etiemble (vilipendé à ce moment de l’histoire universitaire à cause de ses positions réactionnaires en 1968) et qui pourtant essayait de rendre compte des effets de société dans les textes littéraires ou paralittéraires. Un enseignement pluri-disciplinaire, riche de données et de controverses se construisit vers 1971, préparé et enseigné par des enseignants titulaires et des chargés de cours (et dont les moyens nécessaires en heures complémentaires et supplémentaires étaient débloqués) qui sur une œuvre littéraire donnée : les Buddenbrook de Thomas Mann, le Pavillon des cancéreux de Soljenitsyne, L’Insurgé de J. Vallès, À la recherche du temps perdu de Proust, Germinal de Zola etc. s’essayaient à présenter d’œuvre sous différents éclairages et aspects sociologiques, historiques (histoire du livre) psychanalytique aussi [3] . Cette expérience [4] avait une autre prétention que celle de la polysémie des explications tous azimuts, (à la Sartre dans son Flaubert) devant rendre compte des multiples facettes d’une œuvre littéraire. Cette approche abordait aussi la paralittérature, les romans policiers, ceux de gare, les textes surréalistes, les auteurs chinois et les écrivains japonais et même grâce à André Miquel, les 1001 nuits. Les questions insolubles et pourtant au cœur de la démarche étaient aussi bien de l’ordre du fonctionnement de l’interdisciplinarité et donc de la transgression de la sectorisation disciplinaire que celle, épistémologique, des objets symboliques ou concerts (par exemple la littérature et la matérialité du codex) abordés en littéraire et en historien, qu’épistémologique, ce que tendait à faire valoir Jean-Claude Passeron et moi-même avec des concepts comme ceux de légitimité et de valeur littéraire véhiculées par la forge scolaire.

Sociologie versus philosophie.

Etrangement, les liens institutionnels avec le département de philosophie et celui de psychanalyse furent quasi-absents alors que les relations particulières et personnelles entre les membres de département de philosophie et de sociologie s’étaient tissées de longue date, tant à l’école normale supérieure qu’au moment des recrutements à la naissance de Vincennes Paris VIII.

En effet, les premiers recrutements d’enseignants du département de sociologie furent majoritairement des agrégés de philosophie et un peu d’histoire, pour la bonne raison que l’agrégation de sciences sociales et économiques n’existait pas (et c’est le même cas en ce qui concerne la psychologie). La voie royale, du moins en France, pour faire carrière, à cette époque, dans l’enseignement supérieur étant, si l’on s’intéresse aux sciences sociales et psychologiques, la formation philosophique [5] . Ceci est la tradition à tel point qu’un Halbwachs apparaît à l’époque où il commence à écrire des ouvrages de sociologie, au début du XXeme siècle comme marginal selon les canons de la structure de carrière universitaire. Il n’en va pas de même des ethnologues, même en France, mais cette inscription, cette culture philosophique à la française est fortement présente au département de sociologie de Paris VIII à sa fondation alors que pour de multiples raisons administratives, de transformation de carrières et de recrutement, la situation à radicalement changée dès les premières années dionysiennes de l’institution : cela se constate par les recrutements dès 1980-1985.

Empirie du terrain ou Empyrée théorique.

Paradoxalement, cette situation de fait – je parle des origines scolaires et universitaires des enseignants – a été fortement critiquée de l’intérieur même du département par des enseignants provenant de ce milieu académique particulier en qui s’opéra une rupture critique, épistémologique mais aussi empirique avec cette formation théorique dans laquelle Hegel et Husserl étaient plus cités que l’École de Chicago ou bien les enquêtes statistiques de l’INSEE ou de l’INED. La rupture au sein du département entre – disons le très grossièrement – le primat de l’éventail des théories (qu’il s’agisse de Marx ou de Max Weber) d’une part et d’autre part le travail d’enquêtes, de l’empirie ayant plutôt comme modèles Everett C. Hugues, Herbert Blumer, Ernest W.Burgess ou Robert Ezra Park se profile dès 1968 (la petite thèse de Nicolas Herpin, assistant à Paris VIII, sur la Sociologie américaine date des années 1970) mais prend toute son ampleur à la fin des années vincennoises et au début des années d’installation dionysienne. Cette configuration paradoxale et fructueuse du département dans sa diversité et dans les empoignades homériques (dont le théâtre primordial, la scène primitive était le rituel des assemblées générales avec une distribution des rôles établie selon des règles me faisant penser aux premières représentations polyphoniques du TNP à Puteaux), opposant les différents membres d’une même communauté qui, au premier abord, pouvait être pensée comme constituée par le hasard mais qui avec le recul avait une grande autonomie de fonctionnement et une réelle volonté – diverses selon les moyens pédagogiques et les rhétoriques de marquage – de renouveler, d’inverser peut-être le modèle traditionnel de l’enseignement universitaire de la Sorbonne.

Ce fut sous des formes différentes et jusqu’à maintenant, une longue reconquête du travail empirique, de l’enquête sur le terrain sur les explications et interprétations des auteurs sociologues et anthropologues porteur d’une théorie globale de la société. Ces cours et travaux pratiques sur des terrains variés socialement et répondant aux règles de distanciation vis-à-vis de l’opinion ou de la Doxa pouvaient être menées par des étudiants motivés et s’essayant aussi bien à l’exploitation secondaire des données statistiques qu’au questionnaire, à sa passation et à son dépouillement codifié qu’aux travaux comportant de l’entretien et de l’observation directe (expression esthétique des classes populaires dans la vie quotidienne, observation d’un marché de Saint-Denis ou bien de la rue de l’Assomption dans le XVIeme arrondissement, salle de vente à Drouot ou bien restaurant social situé au sous-sol de l’église de la Madeleine à Paris, Match de Football au Stade de France ou bien salle de lecture d’une bibliothèque municipale, fonctionnement d’un poste de police ou bien description des Brésiliennes du Bois de Boulogne et de la place Blanche, etc.)

Universitaires étrangers.

Un des deux derniers aspects, qui me semble très riche d’enseignement de cette période de coagulation du département est l’apport des collègues étrangers provenant de la discipline ou bien d’autres disciplines : sociolinguistiques argentins, historiens de l’enseignement grec et algérien, historien de la sociologie suédois et même certaine enseignante « venue du gauchisme et du populisme italiens, brasseuse trans-européenne de carrières politiques, intellectuelles éditoriales, médiatiques et universitaires et bientôt parlementaire  [6] ». Ce brassage international, dans la confusion des discours post-babéliens et dans l’effervescence des idées et des postures pouvait aussi bien être fructueux pour les étudiants voulant se consacrer à des études d’ethnographie d’un milieu universitaire que déstructurant culturellement à cause de l’instantanéité spectaculaire de positions et contre-positions d’une part non-négligeable des acteurs – tant étudiants qu’enseignants – passant, dans un va et vient continuel de l’orthodoxie à l’hétérodoxie et d’un continent à un autre (Argentine des généraux, Bolivie du Che, Grèce des colonels, Chine de Mao Zedong, Ibos en rébellion au Biafra, dirigés par le général Emeka Ojukwu ou bien condamnation à mort et exécution par garrot en Espagne encore franquiste) [7]

Recherche

L’autre aspect de cette période est celui du paradoxe de la recherche sociologique dans ce milieu universitaire. En tous les cas, pour certains enseignants-chercheurs, le travail de recherche en équipe, au sein de fractions du département a été effectif et rentable. Effectif puisque au moins six ou sept enseignants et trois étudiants de 3° cycle furent durant plusieurs années les chevilles ouvrières d’un programme de recherche dirigé par Jean-Claude Passeron sur les bibliothèques municipales et que d’autres groupes s’étaient constitués dans d’autres directions de recherche évoluant sur d’autres contrats des ministères bailleurs de fonds : justice santé, culture, éducation nationale, direction de l’architecture, urbanisme etc.

Cet aspect du département, peu visible de l’extérieur avait des retombées pédagogiques certaines à tous les niveaux d’enseignement, premier cycle pour l’apprentissage des méthodes et des techniques les plus simples de la recherche en acte et non en chambre, approfondissement aussi de ce qu’est le métier de sociologue pour les étudiants de maîtrise et de début de thèse. On voit ici que la déclamation à propos des points de rupture « essentiels » avec le système pédagogique d’avant 1968 est beaucoup plus floue qu’il n’y parait à première vue de myope et que le système de travail sur contrat dirigé par un professeur ou un chargé d’enseignement remplace les traditions classiques, très fonctionnelles en archéologie du bassin méditerranéen et dans les sites extrêmes-orientaux, de la passation des dossiers de fouille d’un professeur  redistribuant aux jeunes enseignants et aux thésards les plus qualifiés les dossiers qu’il n’a plus le temps ou l’envie de traiter [8] .

Ainsi peut se refermer la parenthèse vincennoise de cette institution et de ce département de sociologie qui en douze ans, avec une large stabilité du corps enseignant, avec des changements de population étudiante et une mobilité des aspirations et des investissements universitaires a pu sembler à certains une foire d’empoigne pour l’agitation gauchiste, un vivier d’étudiants touristes ou ventouses se satisfaisant du voyage dépaysant en grand-gauchisme ou du refuge sécurisant – même et surtout – dans son étrangeté caméléon et de kaléidoscope, mais qui était aussi pour certain, un accès à l’université (grâce à une population conséquente de non-bacheliers) effectuant des rattrapages spectaculaires qui dans les meilleurs cas, de ceux que je connais personnellement pour en avoir été témoin, sont passés en dix ans du statut de non-bachelier, concierge, à agrégé de sciences sociales, d’élève-architecte à grands bâtisseurs-théoricien international ou bien encore d’étudiant de première année peu convainquant à administrateur civil sortant de l’ENA ou bien à maître de conférences dans d’autres universités que Paris VIII. Ce ne sont évidemment que cas d’espèce qui ne reflètent pas la moyenne de la mobilité des promotions sociales mais il est bon de rappeler ces biographies afin d’atténuer le lamento classique ayant pour sujet « le parking social » que pouvait être pour certains, les cohortes d’étudiants du département de sociologie.

Sociologie à Paris VIII - Saint-Denis

Passant d’une époque à une autre, d’un espace à un autre, les transformations du département peuvent être liées, comme dans les catégorisations simples et faciles à mémoriser des manuels d’histoire, au déplacement de Vincennes à Saint-Denis, du bois jouxtant le château et les terrains militaires sans parler des diverses populations diurnes et nocturnes du bois (dont la plus paisible était celle des joueurs de boules) à l’un des fiefs nord du Parti communiste mais aussi pour d’autres interprétations, aux demoiselles de la légion d’honneur à l’ombre de la basilique des Rois de France, analysée par Panofsky [9] . En tout cas, nous passons d’une préfabrication d’université, rasée en trois semaines et dont le terrain a été replanté de bouleaux et de hêtres à une université construite pour durer – non pas sur le modèle encore corbuséen de « Nanterre la Folie » et de sa gare mais voisinant avec l’habitat pavillonnaire, des lycées professionnels, des HLM et des potagers. La situation diplomatique en était totalement transformée puisque la base rouge/rouge, chinoise et « foyer vibrionnaire de l’Ulm-Gauchiste » comme le disait la presse bien pensante était parachutée en territoire communiste et spatialement bordée par les avenues de la liberté, Staline, Lénine et autres dénominations fleurant ses alliances affichées : tout ceci pour évoquer ces premières années de Paris VIII dyonisienne implantée dans un jeu de quilles dont elle était le chien. A tel point que certains enseignants de sociologie firent une campagne soutenue afin d’accoler à Paris VIII le fait qu’il s’agisse bien de Vincennes à Saint-Denis et non pas d’une quelconque nouvelle université. Toute opération spatiale provoque des tentations de remodelage institutionnel : certains, dans d’autres départements voulaient s’accoler et s’accoter au département de sociologie afin de mieux transformer par entrisme déclaré ou subreptice le fragile et subtil équilibre pédagogico-diplomatico-théorique qui en faisait la richesse convoitée ainsi que sa fragilité apparente. Cette posture « Barbarossa » était d’autant plus accentuée que les fondateurs du département, petit à petit, partirent de Paris VIII afin de s’installer dans d’autres fiefs, EHESS en premier lieu. Donc, à la mobilité spatiale de l’institution s’ajoutait une mobilité des populations enseignantes de rang A et une transformation très importante de la population étudiante qui massivement provenait de Seine-Saint-Denis, des franges nord des Hauts-de Seine et des franges nord-est du Val de Marne.

De multiples transformations du paysage universitaire se firent durant ces années 1980-1990 mais il serait faux de croire que le département de sociologie se rénovait complètement en changeant de lieu et en recrutant de nouveaux professeurs de rang A pour la simple raison qu’il faut souligner l’incroyable stabilité (par rapport à d’autres départements de sociologie en France) du corps très nombreux des maîtres de conférences poursuivant leur carrière à quelques exceptions près, dans la même université. Pourtant, pédagogiquement, les intérêts de recherches des enseignants s’infléchirent vers les questions sociales et les questions  liées aux banlieues. Cavalièrement, on peut raccourcir les propos en glissant perfidement que l’on passait de la chlorophylle vincennoise, du parc culturel – si peu naturel – parisien et internationaliste à la quotidienneté de la vie sociale au Samu à la DASS, à la deuxième génération de migrants etc.

Ce département s’adaptait peu ou prou aux nouvelles donnes sociales de son environnement et (peut être en partie à cause de l’accueil « douche froide » des municipalités de la banlieue rouge et des instances administratives centrales de notre ministère) s’orienta vers des alliances, des accords, des prêts d’enseignants devant contribuer à désenclaver la  situation périphérique de la sociologie à Paris VIII. Certaines « actions » furent bénéfiques aussi bien pour les enseignants que pour les étudiants ; d’autres restèrent dans les cartons ou à l’état embryonnaire. Il faut ici, en deçà de la routinisation des cursus, de la reconstitution des hiérarchies de décision et du pessimisme d’une partie du corps enseignant titulaire sur son devenir intellectuel (et non statutaire) présenter quelques unes de ces opérations. Celles qui furent menées à bien comme celles qui n’eurent aucun avenir. Il faut citer en premier lieu un enseignement se développant autour d’un apprentissage de terrain, enseignement qui existait déjà à Vincennes et qui perdura et se développa à Paris VIII Saint-Denis. Une équipe d’enseignants liée à l’E.N.S. fut très active durant cette période assez brève mais bénéfique pour quelques étudiants de doctorat préparés dès la maîtrise par des enseignants du département de sociologie.  Cet enseignement était animé, organisé et enseigné par au moins trois ou quatre Maîtres de conférences (J.-P. Briand, J.-M.Chapoulie, H. Peretz et P. Parmentier) « qui grâce à un encadrement coordonné permit à de petits groupes d’étudiants (appartenant plutôt aux classes populaires et aux fractions inférieures des classes moyennes) de pratiquer un apprentissage de l’enquête, à constituer des dossiers sur des sujets abordés par le biais de l’entretien biographique que [ces enseignants proposaient] comme une forme d’enquête simple, qui peut s’exercer dans le monde familier de l’étudiant [10]  ».

Relations du département avec l’IRESCO.

De plus il faut mentionner les relations du département avec l’IRESCO, durant cette période, qui se sont fortement organisées du côté de la sociologie du genre, de l’urbanisme, de la santé. Cette grande opération de rapprochement réussie fut la liaison pédagogique, de recherche et institutionnelle (tant administrative que spatiale – la question des locaux est toujours fondamentale lorsqu’on parle d’enseignement et de recherche) avec des équipes du CNRS. Le département de sociologie y était lié avec son DEA « politique sociale et modes de vie » ainsi qu’avec Robert Castel (avant qu’il ne soit élu à l’EHESS) et son groupe (GRASS) qui devint un laboratoire associé au CNRS.

Faire des cours de DEA à l’IRESCO, rue Pouchet dans le XVIIeme arrondissement et avoir des bureaux à cette adresse pour les doctorants et certains des enseignants fut bénéfique car, pour une fois, les étudiants de troisième cycle s’habituaient à des lieux de recherche et non plus aux salles de classes peu conviviales de Saint-Denis. A tel point, sans parler ni de fusion ni de confusion des institutions, que le laçage complexe, l’intrication entre recherche, CNRS, EHESS, ENS et le département prirent des formes diverses permettant une meilleure connaissance, une levée possible des méfiances personnelles ou bien théoriques faisant passer de la cohabitation distante à la cohésion d’une dynamique pédagogique et de recherche autour des séminaires de DEA. Le fait d’habiter institutionnellement, pour le DEA et les groupes de recherche, sous le même toit fut me semble-t-il bénéfique pour les étudiants mais aussi  pour certains enseignants qui se sentaient enclavés à Saint-Denis. Des recherches communes purent être menées et surtout le DEA fut le lieu « alchimique » de la rencontre et de la juxtaposition de séminaires animés soit par des chercheurs soit par des enseignants-chercheurs. De plus les étudiants du DEA, provenant de diverses universités purent avoir accès aux infrastructures de recherche (bibliothèque, ordinateurs etc.) afin de mener à bien leur DEA et pour certains leur thèse. A ce propos, il faut noter une grande différence de population, comme dans beaucoup d’universités, entre les premiers cycles, originaires de Seine Saint-Denis et des départements voisins et la population de DEA, d’origine géographique totalement éclatée. La redistribution des cartes, les migrations étudiantes sont d’une très grande amplitude entre deuxième cycle et troisième cycle. Celle-ci s’opère au premier abord par déperdition, évidemment mais aussi par circulation des étudiants choisissant une université selon sa légitimité mais aussi par rapport à la spécificité affiché de ses DEA. On pourrait méticuleusement faire une enquête sur l’origine des étudiants de DEA et de thèse (3eme cycle ; sur les cohortes de 30 étudiants) et s’apercevoir qu’une grande partie provient des universités de province. En ce qui concerne Paris VIII quelques étudiants provenaient de Nantes et d’Aix et une grande partie des étudiants étrangers arrivaient du Maghreb mais aussi de l’Europe de l’est, le mur étant tombé : polonais, russes et Bielorusses, hongrois et tchèques sans oublier, ces dernières années une quantité remarquable sinon impressionnante par sa qualité et sa quantité de chinoises, japonaises, taiwanaise. Il s’agit en grande majorité d’étudiantes qui, peu ou prou, passent le DEA et s’inscrivent en thèse avec une pugnacité à toute épreuve malgré les difficultés de la langue.

Ce carrefour de l’IRESCO est ainsi un lieu, matériel et symbolique, qui a été, dans une grande mesure, un lieu de réunion, de confrontations et d’échanges qui donna au département une vigueur qu’il n’avait pas si l’on se contente de s’intéresser aux premiers cycles à gros effectifs et à pédagogie automatiquement routinisante.

Si je mets l’accent sur ce phénomène DEA + IRESCO ce n’est pas par fantasme personnel – l’auteur de ces lignes appartient à un autre laboratoire qui n’a pas son siège à l’IRESCO – mais au contraire pour inventorier les possibilités de collaboration – construites administrativement – et qui ouvrent aux étudiants des horizons de filières et de recherches que le cloisonnement des départements universitaire restreint par nature. De plus, il faut remarquer que durant des années, Jean-Claude Combessie était à la fois professeur de sociologie et directeur de l’IRESCO ce qui a pu faciliter la régulation des rapports entre ces institutions. Il faut ajouter que dans les commissions de spécialistes chargées du recrutement des enseignants siègent depuis une bonne dizaine d’années, des chercheurs des différents laboratoires de recherche du CNRS et plus spécifiquement rattachés à  l’IRESCO.

Hongrie

Les relations avec d’autres universités et avec d’autres laboratoires de sociologie du CNRS se doublèrent à cette époque, aux alentours de 1985-1990, de relations internationales surtout avec la Hongrie. Avec cette dernière (et surtout avec l’université de Budapest. ELTE) les liens furent concrétisées par des échanges d’enseignants et des bourses Tempus permettant à des étudiants de sociologie de Paris VIII de séjourner six mois ou un an à Budapest afin de poursuivre et d’approfondir leur travail de thèse.

Echec

A côté de ces transformation de voilure du département on peut constater rapidement quelques échecs : la suspension d’un DEA, le nombre d’étudiant étant trop faible et l’échec des négociations menées par certains enseignants qui avaient tenté un rapprochement avec les Ecoles nationales supérieures d’architecture et avec le département d’urbanisme en vue de la création d’un grand regroupement composé d’une grande partie des Ecoles d’architecture parisiennes (Ex UP1, UP4, UP5, UP7,UP9 – La Défense, Malaquais , Tolbiac, Charenton) du département d’urbanisme et de l’université qui doit s’implanter à côté de la Bibliothèque nationale site François Mitterrand. Ce projet, peut-être trop ambitieux et ne correspondant pas complètement aux orientations de recherches des enseignants du département de sociologie n’eut aucune suite et c’est l’Université de Paris VII-Diderot qui a le vent en poupe afin que cet ensemble universitaire - qui ne ressemble pas encore à une usine à gaz cacophonique -  voit le jour dans la musique - moins décadente que certains détracteurs le disaient -  sur les bords de la Seine dans les quartiers est de la ville, urbanistiquement profondément transformés.

Variations thématiques et hard dodécaphonique

(un département entre lecture des textes fondateurs et histoire évènementielle)

Ces bientôt quarante ans de l’histoire du département montre la plasticité d’une institution « sans pouvoir central et n’étant pas liés à une grosse équipe de recherche ni soumis à une quelconque orthodoxie, ni dirigé par un enseignant ou un groupe d’enseignant en mesure d’imposer une orientation dominante [11]  ». Cela procure l’occasion de réfléchir sur les limites de la plasticité ou de la rigidification d’une institution faisant partie de droit de l’université française gérée par un Ministère ayant depuis des années une politique flottante. Bref, certains enseignants assumèrent Vincennes comme une institution qui « m’a donné beaucoup à penser et peu à travailler : retraite de milieu de vie d’un fonctionnaire d’aspiration confucéenne profitant d’une parenthèse institutionnelle pour faire un break taoïste de fantaisie mentale [12]  », d’autres enseignants vécurent mal cette institution : routinisation classique allant jusqu’au désespoir mortifère (et de l’indifférence proclamée dans une posture cynique et prophétique annonçant l’avènement de l’Antéchrist. On peut, peut-être plus justement, explorer cette histoire du département de sociologie de Paris VIII comme « une forme d’équilibre entre « l’aspiration millénariste ou prosélyte à la formule de ‘pensée unique’ [et] la gestion du désordre symbolique [13]  » comprise comme le font Hobsbawn ou Delumeau. En effet, la très grande mobilité de certains enseignants filant comme des comètes indifférentes à la réalité ancrée géographiquement du département et la stabilité de la plupart du corps enseignant firent de ce département un cas ethnographiquement racontable comme pourrait l’être une de ces fameuses tribus des Torajas des Sulawesi aux mœurs semblant étranges aux étrangers de passage ou bien au contraire le modèle visible de ce qu’est aujourd’hui un département universitaire de sciences sociales essayant de parler, de théoriser, de politiser – pour certains – des faits sociaux qu’ils acceptent, subissent sans les diriger et en essayant de les comprendre en formalisant – par enseignement interposé – au centre des feux, au vif des terrains des schèmes de compréhensions pouvant rendre compte de fractions plus ou moins amples de la réalité sociale. De la lecture studieuse de Durkheim, de Max Weber, de Marx, de Levi-Strauss ou de l’École de Chicago, on peut passer au commentaire de tracts ou bien aux implications sociales du SIDA (certains étudiants se souviennent encore dix ans après des cours de Daniel Defert traitant de la sociologie de la santé et de la gestion politique des grandes épidémies et pandémies ainsi que, en histoire, de Flandrin sur les pratiques culinaires) ou du cannabis comme certains sociologues d’il y a quarante ans passaient des paysans aux mécanismes généraux de la société contemporaine ou bien de la manufacture des tabacs de Bergerac au fonctionnement général de la bureaucratie et aux traits spécifiques des blocages de la société française. La mobilité thématique abordée par le département évolue donc en fonction de « l’air du temps » et ce n’est pas complètement une critique, mais aussi en fonction des mécanismes internes, des rouages complexes et subtils d’une institution aux règles de fonctionnement administrativement verrouillées et qui pourtant, au gré des nominations des postes d’enseignant révèle aussi bien un état donné de l’institution universitaire qu’une catégorisation fine de la population étudiante mouvante pas définition qu’une dynamique propre à l’histoire singulière qui est celle, dénigrée ou en voie de constitution légendaire, de ce département-happax qu’est la sociologie Vincenno-Dionysienne [14] .



[1] Jean-Claude Passeron. « Pour certaines narines, la sociologie a une saveur forte, aussi reconnaissable que celle d’une « genre » ou d’un « style » ; c’est à la fois le goût d’un registre d’intelligibilité et celui d’un style de la preuve. En hors-d’œuvre, l’apprentissage de la patience : celle qu’il faut  pour « refroidir » les objets avant de les toucher, pour soustraire l’analyse aux bouffées de chaleur qui ponctuent tout discours social afin de s’essayer à l’analyser sans haine ni passion, pour ralentir les trop vives impressions du monde qui excitent la loquacité désordonnée des acteurs sociaux – dont d’ailleurs le sociologue débutant lui-même, au spectacle incompréhensible des conflits de la société où il est plongé, ressentant alternativement le sentiment d’y être écorché vif et celui de s’y dissoudre dans l’adhésion à un courant » R. Moulin, P. Veyne. J-C. Passeron ‘un itinéraire de sociologie’. In revue européenne des sciences sociales, Cahiers Vilfredo Pareto.  Tome XXXIV, 1996. n° 103. ‘Du bon usage de la sociologie, pavane pour Jean-Clause Passeron’. Ecrits réunis par Ariane Miéville et Giovani Busino. Paris, Genève, Droz, 1996. p.306.

[2] Disons en clair que ce ne sont pas des Ana dans la définition qu’en donne le Dictionnaire de Trévoux de 1721 : « Recueil de mots ou de sentiments mémorables de quelques savants ou gens d’esprit »

[3] Eliane Kaufholz, Beatrice Slama, Juliette Raabe, Jean-Noël Vuarnet entre autres.

[4] Jean-Claude Passeron, Jean-Pierre Martinon. ‘Remarques sur une expérience interdisciplinaire. La section de littérature générale (littérature et faits littéraires) de l’université de Paris VIII-Vincennes’. Bulletin de liaison des universités françaises. N° 2-3 Septembre-décembre 1971 in Les cahiers des universités françaises.

[5] Contre les sociologues-philosophes cf. Jean-Michel Chapoulie. La tradition sociologique de l’école de Chicago 1892-1961. Paris, Seuil, 2001. p. 434 : « L’enseignement de la sociologie à l’université de Paris VIII durant les années postérieures à 1970 était certainement une occasion privilégiée pour comprendre ce que pouvait être l’émancipation par rapport à leur milieu d’origine d’apprenti sociologues ; il donnait l’occasion de réfléchir sur les relations entre caractéristiques personnelles et capacité à réaliser une investigation empirique dans telle ou telle situation. Ainsi fut consommée définitivement et radicalement ma rupture avec la formation intellectuelle que j’avais moi-même reçue (dans laquelle je vois maintenant la marque de la philosophie universitaire à la française) »

[6] J-C Passeron. 1996. op. cit. p. 336

[7] J-C Passeron. 1996. op. cit. p 325. “…C’est là une forme minimale de l’équilibre intellectuel dans une discussion polycentrique, lorsque celle-ci à pour préoccupation première d’échapper au chaos des différences. Ce n’est pas l’aspiration millénariste ou prosélyte à une formule de ‘pensée unique’ mais la gestion du désordre symbolique : Hobsbawn et Delumeau m’ont fait comprendre ce à quoi j’ai assisté à Vincennes. »

[8] Je pense surtout à l’Ecole française d’Athènes ou à l’Ecole française d’Extrême-Orient.

[9] E. Panofsky. Architecture Gothique et pensée scolastique. Paris, Minuit, 1967. Ce n’est pas par cuistrerie que je cite ce livre mais parce que des étudiants du département ont essayé de comprendre, livre en main, et dans la basilique cette homologie structurale analysée par Panofsky.

[10] Jean-Pierre Briand. Texte dactylographié de la conférence présentée au colloque Franco-Américain. L’école de Chicago, hier et aujourd’hui. Université de Saint-Quentin en Yvelines. 3-4 avril 1998. p. 3. Il faut aussi de référer à l’article de Jean-Michel Chapoulie : « Enseigner le travail de terrain et l’observation : un témoignage sur une expérience. (1970-1985). Genèse, 1999, n°39. pp. 138-155.

[11] Jean-Pierre Briand. op. cit.

[12] Jean-Claude Passeron. op. cit. p. 328.

[13] Jean-Claude Passeron. op. cit.

[14] L’exemple le plus frappant pourrait être tiré des relations orageuses de la sociologie et de l’ethnologie à Paris VIII. Il faudrait alors décrire par le menu, en dehors de toutes polémiques, les fiançailles, les mariages, les divorces, les enfants et rejetons divers provenant des noces – légales ou adultérines - de la sociologie et de l’ethnologie (anthropologie pour certains, blanc de la carte des géographes pour d’autres ), les pas de deux, les va et vient, les danses du cygne et les coups de feux dans la Sierra entre ces deux configurations des sciences humaines. Ce thème pourrait devenir, pour des étudiants à vocation de chercheur, un objet ethnographique rare méritant une grande attention et une scrupuleuse observation.

Jean-Pierre MARTINON

Ancien assistant 1968 du département de sociologie de Paris VIII-Vincennes

CNRS MCC/UMR 7145 LOUEST